Pourquoi l’employabilité doit devenir une priorité

27 février 2017

Selon une récente étude sur l’employabilité réalisée par l’Observatoire du Travail(1), les salariés français se sentiraient peu concernés par le développement de leur employabilité, malgré une certaine lucidité quant à la pérennité de leurs métiers. Une apparente contradiction qui pose de nombreuses questions et souligne l’urgence d’une prise de conscience de l’ensemble des acteurs concernés. Eléments d’analyse avec Sabine Lochmann, membre du Bureau Exécutif de Syntec Conseil en Evolution Professionnelle.

 

Pourquoi l’employabilité constitue-t-elle un enjeu majeur aujourd’hui ?

 

Sabine Lochmann – Le monde du travail est à la veille de bouleversements massifs. En France, à échéance de cinq ans, près de trois millions de postes devraient disparaître ou profondément évoluer, impactés par la digitalisation et la globalisation. Dans le même temps, un nombre quasiment égal d’emplois va être créé, la plupart pour des métiers n’existant pas encore aujourd’hui. Pour autant, culturellement, les Français ne sont pas habitués à remettre en question leur vie professionnelle et à regarder ailleurs. Alors, comment faire en sorte que ceux qui sont en emploi aujourd’hui le soient encore demain ? Et cela sans subir pour autant un déclassement professionnel ?

 

Les entreprises ne peuvent pas porter seules l’écrasante responsabilité de transformer les gens pour garantir leur employabilité à moyen ou long terme : il faut aussi que chacun se sente concerné et manifeste sa volonté de développer de nouvelles compétences adaptées à l’évolution de son métier. La thématique de l’employabilité doit alors devenir un sujet central, non seulement pour les DRH et les directions d’entreprise, mais pour toute personne en activité.

 

Quels enseignements tirez-vous de l’étude ?

 

S. L. – Ce qui me frappe tout d’abord, c’est ce paradoxe : deux tiers des salariés français sont conscients des changements que leur métier pourrait connaître, mais seuls 25% s’en inquiètent. Et sur ce même échantillon, presque 50% de personnes pensent que leur métier sera toujours indispensable. Parallèlement, près de deux salariés sur trois estiment qu’il leur serait difficile de retrouver un emploi au moins équivalent s’ils perdaient leur emploi actuel : un état d’esprit qui les incite à rester où ils sont, ce qu’ils font encore majoritairement puisque l’ancienneté moyenne en France est de quinze ans.

 

De quelle manière les entreprises peuvent-elles agir ?

 

S. L. – Elles doivent déjà passer de la promesse employeur de « l’emploi à vie » à celle de « l’employabilité à vie » dans l’entreprise ou hors de celle-ci. Nombre d’entre elles ont déjà pris ce virage, même des PME, conscientes que ce type de démarche est non seulement nécessaire mais porteuse de valeur ajoutée, tant pour le salarié que pour la structure. Cela passe par la mise en place de formations diplômantes, notamment dans le cadre d’universités internes, par un développement de l’accès à de nouveaux canaux d’apprentissage (numériques, notamment). Cela peut aussi prendre la forme d’un dialogue direct avec les salariés, pour évoquer l’avenir des métiers et les alternatives qui s’offrent aux collaborateurs soucieux de préserver leur employabilité. Par exemple, je pense à ces entreprises qui mettent en place des formations au codage pour tous leurs salariés : une manière d’amener ceux-ci à rentrer dans des logiques plus digitales et à apprivoiser le codage dont l’image reste très intimidante, tout en permettant à certains de se révéler et d’ouvrir le champ des possibles.

 

Quel doit être le rôle du Syntec Conseil en Evolution Professionnelle face à cet enjeu ?

 

S. L. – En tant que syndicat professionnel, le Syntec CEP est investi d’une mission d’intérêt général et doit œuvrer à une prise de conscience collective, afin que chacun raisonne aujourd’hui définitivement « employabilité » plutôt que « métier ». En montrant le chemin, en communiquant sur les enjeux mais aussi sur ce qui se fait déjà, les entreprises qui agissent déjà, mais de manière isolée, se sentiront portées par un mouvement général. Car les investissements qui répondent aux enjeux d’employabilité, s’ils revêtent une importance cruciale, ne sont pas aujourd’hui toujours reconnus comme prioritaires. Or ils doivent le devenir. Acteurs du développement de l’employabilité aux côtés de l’Etat, Pôle emploi ou encore l’Apec, les membres du Syntec CEP peuvent aider les entreprises à poser les bonnes priorités et à opérer les transformations qui s’imposent. Il n’y a pas de fatalité ! A nous de faire en sorte que cette urgence à développer l’employabilité soit perçue par tous, afin que chacun puisse exercer sa curiosité, penser autrement et trouver des solutions.

(1) Enquête réalisée auprès de 2526 salariés français par l’Observatoire du Travail de BPI Group avec OpinionWay en partenariat avec Liaisons Sociales en septembre 2016.